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Pendulum – Immersion


Pendulum, c’est l’histoire de la rencontre entre trois Australiens : deux qui voulaient faire du rock (le chanteur/claviériste Rob Swire et le bassiste Gareth McGrillen) et un destiné à être DJ (Paul Harding). C’est en écoutant ce morceau de Konflict qu’ils ont décidé qu’ils feraient de la drum & bass ensemble, et quoi de mieux pour ça que de venir directement s’installer sur l’île où ce style de musique a vu le jour : le Royaume-Uni. S’ensuit deux excellentes productions sous le label Breakbeat Kaos : “Hold Your Colour” (2005) et “Jungle Sound Gold” (2006). Le style de ces disques est clairement orienté drum & bass, parfois purement jungle étant donné la présence de leurs anciens amis tels que DJ Fresh et Adam F sur “Jungle Sound Gold” (qui n’est pas vraiment un album mais une compilation mixée par Pendulum). Mais le groupe a d’autres ambitions et se procure quelques nouvelles têtes pour s’étendre vers d’autres styles : Paul Kodish à la batterie, Peredur ap Gwynedd à la guitare, et le MC controversé Ben Mount alias “The Verse”. On devine assez bien le ton de la suite des évènements : du rock, comme c’était initialement prévu.

L’équipe initiale : Gareth McGrillen, Rob Swire et Paul Harding

En 2007 sort le dernier morceau signé sous le label Breakbeat Kaos : Blood Sugar. On peut entendre dans l’introduction le désormais célèbre : “Fuck it, I lied… it’s drum and bass!” : et bien pas tant que ça… Le morceau est totalement différent de ce qu’ils ont produit et/ou mixé auparavant : les rythmiques du DJ sont maintenant soutenues par le batteur, on en prend plein la gueule et le succès est au rendez-vous. Comme un cadeau d’adieu ou un coup de poignard dans le dos pour le label (choisissez la version qui vous plait), c’est avec le succès de ce morceau que le groupe réalise qu’il est capable de passer du status de groupe drum & bass underground au status d’électro-rockeurs mainstream, et c’est bien ce qu’il va se passer. Sort ensuite sur un autre label (Warner Music) le morceau Granite (fin 2007), dont l’introduction rappelle les musiques de jeux vidéos de notre enfance, ce qui est d’ailleurs voulu étant donné qu’ils ont été jusqu’à reprendre le sample du chateau de Bowser dans Super Mario World (si vous n’y croyez pas, regardez cette vidéo). Après cette introduction vient immédiatemment des accords de guitare, chose inédite dans le groupe et qui annonce un côté rock, avec des penchants métal que le groupe convoitait visiblement depuis un petit temps. Pour cette raison, le groupe sera relativement abandonné par son public drum & bass et le single sera même qualifié de “shit single” par l’artiste Goldie. Le groupe ne s’arrête pas en si bon chemin et lance Propane Nightmares (début 2008), plus gros succès du groupe depuis lors. Le chant de Rob Swire se veut plus mielleux (digne d’un chanteur de R&B), le rythme accéléré à la manière drum & bass est conservé, mais le groupe fonce dans un style électro beaucoup plus marqué… et c’est super efficace! Ensuite sort leur deuxième album “In Silico” (2008) une perle musicale duquel sont extraits les deux singles précités. L’album entier est dans le même esprit : on oublie la jungle, on ajoute plus de rock, plus d’électro, plus de vocals. Finalement, plus rien n’est conservé de leur premier album “Hold Your Colour“, si ce n’est la fameuse phrase “In through the maze through your reflection, we enter from a terminal connection” présent dans la piste Mutiny (en clin d’oeil au morceau The Terminal du premier album). Cela donne le meilleur album de 2008 selon moi, un chef d’oeuvre dans le domaine de l’électro qui, à l’époque, a même inspiré et convaincu Liam Howlett (DJ de The Prodigy) qu’il était encore possible d’apporter quelque chose au monde de l’électro et cela l’a même poussé à reprendre du service avec son groupe et à fournir plus tard le fameux “Invaders Must Die” (après 5 ans de pause). Sur “In Silico“, on trouve des morceaux de pure folie comme Showdown (meilleur morceau du groupe à ce jour selon moi) ou des ballades instrumentales comme Midnight Runner (titre magnifique que l’on pourrait presque qualifier d’électro progressive).

Pendulum à Werchter 2009 (Photo © Jonathan Verlant-Chenet)

Pendulum à Werchter 2009 (Photo © Jonathan Verlant-Chenet)

En décembre 2009, le groupe nous apprend qu’il sortira un troisième album, et après à peine un mois de patience, le groupe présente une grande partie de ces morceaux dans un concert live à Matter, nommé “Earstorm”. Ils y annoncent le nom et la date de sortie de leur prochain album : 24 mai 2010. S’ensuit 4 longs mois d’attente durant lesquels il faut se contenter d’enregistrements live pour tenir le coup. Durant cette période sort le single Watercolour, un morceau efficace dans la même veine que Propane Nightmares : un Rob Swire tantôt pleurnichard tantôt agressif, une introduction calme qui monte en crescendo vers un rythme effreiné type drum & bass. C’est un morceau qui était effectivement destiné au grand public. Le groupe n’a ici pas révolutionné grand-chose, la recette était efficace donc autant rester sur ses bases. Après quelques previews en tout genre et autres teasers à rendre les fans fous, l’album sort enfin. Une chose est sure, avant de lancer l’immersion, le groupe a d’abord changé plusieurs fois de cap et a pris de nombreux détours parfois osés. L’album est une ode à la musique électronique, on y trouve de tout. Si vous êtes un fan incontesté de “Hold Your Coulour” et que vous avez été déçu par “In Silico“, cet album n’est pas fait pour vous. Le seul morceau qui s’approche de la drum & bass “pure” qu’ils faisaient à l’époque est Under The Waves. Le reste est une pure divergence vers de nouveaux horizons…

Pendulum à Werchter 2009 (Photo © Jonathan Verlant-Chenet)

Pendulum à Werchter 2009 (Photo © Jonathan Verlant-Chenet)

On commence avec Genesis, une introduction mystérieuse et épique comme ils savent si bien le faire. Pendant les trompettes triomphantes, on entend une mélodie au clavier en mode “8 bit” qui rappelle à nouveau nos jeux vidéos d’enfance. Cette intro annonce un grand album, mais elle ne vaut pas celle de leur live à la Brixton Academy (selon moi, la meilleure intro d’album jamais faite). S’enchaine immédiatement Salt In The Wounds, le morceau sans doute le plus décevant de tout l’album. Ils ont tout simplement tenté de reprendre la recette de “Hold Your Colour” en nous pondre un remake de Slam (dont le clip, au passage, est assez intéressant dans son genre) à la sauce “In Silico“. Sérieusement, les notes du riff principal sont identiques aux premières notes de Slam, ça sent le réchauffé et le morceau s’épuise sur plus de 6 minutes assez injustifiées étant donné le peu de nouveaux concepts qu’on y trouve. Bref, une bonne défonce mais sans plus.
Après Watercolour, on trouve les premiers essais du groupe à la Dubstep. Ca se nomme Set Me On Fire et c’est tout simplement génial. Je ne suis pas spécialement un fan du genre mais ils ont réussi à tourner le morceau à leur manière, saupoudré de bruitages vidéoludiques en tout genre et d’ambiances cinématiques. Il ne manque qu’une chose à ce morceau : un MC ! En espérant que Ben Mount prépare un rap pour la version live de ce morceau.
On trouve ensuite Crush, un titre puissant dans la même veine que Granite : des guitares agressives, Rob Swire est accompagné (probablement par le bassiste Gareth McGrillen vu les extraits live) dans un chant criard. Le morceau se conclus par un triste couplet à la guitare acoustique, technique assez classe qu’ils avaient déjà testée dans la version live de Propane Nightmares (par exemple celle à la Brixton Academy à 3:43) et qu’ils utiliseront plus tard dans l’album. Après ce morceau brutal s’enchaine le calme Under The Waves. Comme dit précédemment, c’est ce qui se rapproche le plus de ce que le groupe faisait du temps de l’album “Hold Your Coulour“, les percussions sont diminuées, le fond drum & bass n’est pas énormément édulcoloré, la voix de Rob Swire est douce. On pourrait presque s’endormir en écoutant cette piste. Mais après cette pause, on est très vite réveillé par l’énormissime Immunize. Ce morceau a été produit avec Liam Howlett, DJ de The Prodigy, et sa patte est plus que visible. Les sonorités font énormément penser au récent “Invaders Must Die” et le chant est très proche de ce que fait habituellement Keith Flint, MC des prodigieux. Ce morceau est agressif, suraccéléré et puissant, c’est une pure merveille (probablement la meilleure partie de l’album). Toujours dans la catégorie Prodigy, on trouve plus loin sur l’album le titre The Vulture, qui n’est pas sans rappeler Firestarter. On y entend un Ben Mount agressif, qui lui est plutôt sur les traces de Maxim Reality, l’autre MC des prodigieux. Si il est devenu relativement barbant de l’entendre durant les performances live de Pendulum (à vrai dire, il ne joue pas vraiment le rôle de MC mais plutôt “chauffeur de salle” et son registre n’est pas plus diversifié que « bounce like this, yeah ?! », « people, you’re ready ? », « everybody having a good time so faaaaaaar ? », etc), c’est une bonne surprise de l’entendre ici, surtout qu’il s’en sort très bien. De plus, si je ne m’abuse, c’est la première fois qu’on l’entend sur un morceau studio et il était grand temps.

The whole team

The whole team

Au milieu de l’album se trouve le morceau le plus long que Pendulum ait composé jusqu’à présent : The Island. Il se divise en deux parties qu’il est relativement insensé de jouer séparément. La première partie (Dawn) parait risible et inattendue de la part de ce groupe. Il s’agit d’une house très basique, digne d’un David Guetta un peu fatigué. Si elle n’apporte pas grand-chose, il faut la voir comme une (longue) introduction de la deuxième partie (Dusk), où le groupe part totalement dans une autre direction : l’électro-house. C’est 4 minutes délirantes où le groupe se prend pour The Bloody Beetroots. Les fans incontestés du label Ed Banger seront ravis : on a même droit au milieu du morceau à une petite pause au synthé en “mode orgue”, digne d’un bon Justice. C’est aussi un grand moment de l’album.
Comprachicos est une petite interlude vers encore d’autres styles. Cette fois-ci, c’est le style de Trent Reznor (des Nine Inch Nails) que Rob Swire adopte. Le morceau est court et efficace. S’ensuit Witchcraft, un tube dans la même veine que Watercolour : il a d’ailleurs sans surprise été annoncé comme étant le deuxième single pour cet album. Une fois de plus, efficace mais sans plus, c’est cependant un morceau qui plaira sans doute à un grand public.
Viennent ensuite deux collaborations obscures. Le premier, Self vs. Self invite le groupe In Flames, et est probablement la plus grosse incohérence de l’album. Si celui-ci se veut très varié dans les genres, on passe ici au death métal sans crier garde et on a plus l’impression d’avoir à faire à un intrus qu’autre chose. Et pour cause : il ne s’agit pas de “Pendulum featuring In Flames” mais plutôt “In Flames featuring Rob Swire“. En effet : chant, guitariste et basse sont gérés par les membres d’In Flames, le plus choquant étant sans doute le chant (sérieusement, du cri bestial de métalleux dans un album d’électro-rock ?). La contribution de Pendulum s’arrête donc à la batterie et un chœur un peu ridicule de Rob Swire. Le morceau en soi n’est pas mauvais mais n’a pas de raison d’être sur cet album. La deuxième collaboration est notre cher Steven Wilson (de l’excellent Porcupine Tree) dans The Fountain. C’est toujours un plaisir d’entendre sa voix sur un morceau et elle donne très bien sur le fond drum & bass. Le morceau est envoutant et on reconnait bien l’atmosphère à la Wilson.
L’album se termine par Encoder. Que dire ? La première écoute est horrible. Heureusement, le morceau se divise en deux parties. La première partie est insupportable, une sorte de croisement entre la bande son du Roi Lion et l’ignoble Viva la Vida de Coldplay. Qu’est-ce qui leur a pris ? Définitivement, ils ont décidé de tout essayer. La deuxième moitié du morceau rattrape le massacre, c’est une très jolie clôture d’album digne de ce nom. Elle commence par les quatre phrases ci-dessous (en fin d’article), suivi d’un triste accompagnement à la guitare et une fin à la guitare acoustique comme c’était le cas dans Crush. Finalement, on entend des bruits de vagues, comme si l’on venait de remonter à la surface après une longue immersion.

Ben Mount live

Ben Mount live

Dans les regrettés, on note le morceau Ransom qui devait à la base figurer sur l’album mais qui n’a pas été pris. Selon Rob Swire, il sera par la suite distribué gratuitement ou comme b-side éventuel. En attendant, on peut écouter des versions de ce démentiel titre lors du DJ set de Noisia (2009) ou du Excisions Shambhala (2009, version sans MC). Il existe aussi une version antérieure de Set Me On Fire (parfois aussi appelée Witchcraft à tort) jouée à Ibiza Rocks 2009.

En conclusion, cet album est ce que l’on pouvait espérer de mieux de Pendulum. Si il n’arrive clairement pas à la cheville de leur précédent “In Silico“, ils ont au moins le mérite d’avoir essayé de mélanger de nombreux genre musicaux sur un même disque, en allant de la house basique à la dubstep en passant par le death métal et de l’électro-house. Au final, n’importe quel amateur de musique électronique pourra trouver au moins un morceau qui lui plait dans ces 67 minutes d’immersion, et c’est sans doute ça la grande force de cet album. Quant au groupe, c’est un must-see en live et il est certain que les morceaux auront une toute autre allure sur scène. Affaire à suivre le 27 juin au Rock-A-Field festival et en août au Pukkelpop !

For everything that could have been,
But at least we took the ride.
There’s no relief in bitterness,
Might as well let it die.

  1. Ab0rted
    07/06/2010 at 17:52

    Album décevant au possible, Pendulum n’est plus.

    étant amateur de bass musique, je ne considère plus la musique de Pendulum comme de la D&B au vue de la bouse qu’est Immersion; les tracks s’enchainent sans saveurs, les mélodies sont insipides, le feat avec In Flames est risible….

    Seul la Track The Island part 2 relève le niveau, mais en aucun cas 1 chanson potable sur 15 ne peut justifier un achat…

    moi qui voulait me mettre une bonne galette d’électro/drum teintée de dubstep sous la dent pour 2010, c’est rapé… ya plus qu’a se réécouter le subfocus de 2009 ainsi que du bassnectar et Andy C, qui eux, déçoivent très rarement.

    pour faire simple, amateurs de D&B/dubstep made in UK, fuyez.

    amateurs de soupe éléctronisante FONCEZ !!!

  2. 31/07/2010 at 14:11

    Très gros article, bcp d’infos merci pour votre travail :)

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